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Friday
Dec162011

Objection! Tribunal-École: Mythes et réalités

La charge de travail d’un concours de plaidoirie est certes énorme, mais les satisfactions ressenties et les apports qu’on y gagne surpassent largement cela.

JAËL DESTIN

Devrais ou ne devrais-je pas?

Quel étudiant en droit ne s’est jamais posé cette question? Assaillis de part et d’autre de propositions des plus alléchantes, l’étudiant doit faire un choix : participer ou non à un concours de plaidoirie.

Que cela soit dans le domaine du droit domestique ou du droit international, les tribunaux-écoles attirent l’attention. Les motivations sont diverses : la recherche du triomphe ou de l’expérience, mais surtout, les concours de plaidoirie représente une occasion en or pour s’exposer professionnellement en jouant un rôle clé, ne serait-ce que devant un tribunal fictif.

La charge de travail d’un concours de plaidoirie est certes énorme, mais les satisfactions ressenties et les apports qu’on y gagne surpassent largement cela. C’est dans cet optique que je vous propose un voyage au cœur d’un monde fantastique; le monde des étudiants et entraineurs des tribunaux-écoles. Et qui sait, peut-être réussirai-je à vous convaincre de vous lancer un tel défi.

 

Lorsque les hommes travaillent ensemble, les montagnes se changent en or[1].

La rumeur veut qu’on n’ait plus de vie sociale lorsqu’on participe à un concours de plaidoirie. C’est vrai, le sondage effectué auprès des étudiants révèle clairement que les concours de plaidoirie représente un très grand défi au niveau personnel. Étudiant et coordonnateurs s’entendent pour dire qu’un tel concours représente au moins 10 à 20 heures de travail par semaine. À cela s’ajoute les études, le travail, la famille, les amis, et j’en passe. Travailler au sein d’un tribunal-école demande des sacrifices, ceci implique sacrifier peut-être ses vacances de Noël, ses temps libres. Mais comme le dit si bien les étudiants, « la charge du travail est immense, mais non insurmontable »[2].

Au cours d’un tribunal-école, les étudiants qui ont déjà participé à un concours de plaidoirie de droit international apprennent à réfléchir sur les enjeux essentiels relatifs à un domaine particulier du droit. Ils apprennent à développer des aptitudes oratoires grâce à la pratique de la plaidoirie; qualités nécessaires à tout juriste. On ne saurait passer sous silence les acquis en rédaction de mémoire et en construction d’un raisonnement argumentatif structuré qui sont à la portée des étudiants. D’après les participants, le plus grand acquis est le développement de la créativité argumentatif. Qui plus est, certains ont quasiment appris le guide McGill par cœur à force de travailler et retravailler les notes de bas de pages[3].

En quelques mots, les mots-clés qui sont ressortis en ce qui a trait aux leçons apprises et aptitudes développés sont les suivants :

  • Aptitudes en recherche
  • Meilleure connaissance des notions et sources de droit international et leur application dans un contexte précis
  • Créativité intellectuelle
  • Amplification des réflexes et raisonnements juridiques

Ce que vous n’apprendrez jamais sur les bancs d’école : l’art de plaider

La deuxième excuse très souvent avancée par les étudiants est la suivante : je ne sais pas comment plaider. Effectivement, l’art de plaider n’est pas une tâche facile, mais elle s’apprend, se pratique et se développe.

Les entraineurs et coordonnateurs des concours de plaidoirie apprennent à leurs étudiants des techniques de plaidoirie. Bien entendu, il n’existe pas de formules magiques ou de techniques nouvelles en la matière. Mais le secret qui m’a été partagé par l’un des entraineurs est la suivante : la clé du succès en art oratoire et avant tout de trouver son style et de plaider en tenant compte de sa personnalité[4]. Bien que cela semble aller de soi, la meilleure manière de convaincre son auditoire est de se sentir bien dans ses « basquets ».

Vous vous dites sûrement qu’il y a des gens qui ont plus de facilité que d’autre et que tel n’est pas votre cas. Alors j’ai un autre secret à vous livrer : un bon parleur n’est pas synonyme de bon orateur. Effectivement, un bon orateur sait se concentrer sur ses points forts, il apprend à demeurer flexible et à adapter sa présentation selon la réaction de son audience. Plaider n’est pas un monologue, c’est un dialogue animé avec le juge du procès où la préparation est le noyau. Plaider c’est savoir être précis avec les mots, c’est de choisir le bon mot, de surcroit, c’est s’amuser.

Pour commencer, si le trac et la nervosité risquent de vous paralyser le jour du concours, il n’y a rien de mieux que des répétitions : Répéter avec vos amis, vos collègues de plaidoirie. Une des étudiantes du concours Laskin de 2009 s’est filmée afin de prendre conscience de ses lacunes et pouvoir mieux les corriger. De plus, elle affirme que se filmer lui a permis de percevoir comment le public réagissait à ses arguments.

Bref, les outils pour développer son assurance en plaidoirie sont plus que nombreux, mais qu’en est-il des points négatifs d’un concours de plaidoirie?

L'heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil[5].

Il ne faut pas se le cacher, un tribunal-école est une expérience stressante pouvant causer des nuits blanches. Tout d’abord, il s’agit de travailler avec des individus qu’on ne connait pas nécessairement. Est-ce qu’ils vont bien travailler? Participent-ils uniquement pour avoir un élément de plus dans leur curriculum vitae ou simplement par obligation? Sont-ils guidés par la passion pour le domaine du droit en question? Qu’importe les raisons les ayant poussé à poser leur candidature pour la participation du concours, il va falloir apprendre à manier les intentions divergentes de chacun et trouver un élément rassembleur qui unira l’équipe.

Comme le disait si bien un des participant de l’équipe de Willem C. Vis Moot Court :

 « [Les participants doivent faire preuve] d’humilité en termes des [ses] habiletés. [Car, c’est] en reconnaissant les faiblesses personnelles des membres de l’équipe qu’on peut les dépasser. C’est peut-être un peu cliché, mais c'est très vrai: sans une bonne attitude de travail d’équipe, on ne peut pas réussir. » [6]

Il faut se préparer à toutes les questions éventuelles du juge, bien connaitre son sujet de fond en comble et savoir défendre même ses arguments les plus faibles. La recherche sur le sujet est un processus constant qui ne prend pas fin avec le dépôt des mémoires. Effectivement, il faut rester alerte et à l’affût de tout changement pouvant advenir d’ici le jour des audiences.

Parallèlement, un tribunal-école équivaut à des heures de pratiques à toute heure du jour et de la nuit. La gestion de son temps devient un élément essentiel pour s’assurer un bon équilibre de vie. De même, la participation à un concours de plaidoirie nécessite d’avoir un entourage compréhensif puisqu’il y a de fortes chances que nos relations personnelles et familiales soient laissées en suspend durant une période d’au plus 6 mois.

Cet élément de stress n’est pas uniquement éprouvé par les étudiants. Il est aussi vécu par les entraîneurs. Un entraineur doit être dédié à son équipe[7]. Son rôle est de faire ressortir les faiblesses des participants afin que ces derniers puissent les transformer en force. Parfois, il sera détesté voire maudit par les étudiants, mais c’est ainsi que, d’après les entraineurs, qu’on arrive à sortir les étudiants de leur zone de confort afin qu’ils puissent pousser leur réflexion jusqu’au bout. C’est ainsi que l’on développe l’assurance et la confiance nécessaires aux étudiants pour qu’ils puissent poursuivre et reprendre le fil de nos idées quand ils seront interrompus par exemple lors des audiences.

De plus, « on offre aux étudiants la possibilité de devenir meilleure et de développer leur style individuel ».[8] Plus la journée de plaidoirie est proche, plus l’entraineur devra abandonner son rôle de coordonnateur pour devenir un ami, un médiateur, un conseiller[9]. Conséquemment, choisir de préparer une équipe à un concours de droit international relève avant tout d’une passion plutôt qu’une profession.

Finalement, le tribunal-école est un exercice de patience tant pour les entraineurs que pour les étudiants. Cela demande de la patience envers soi-même et envers les membres de son équipe. Cela implique de faire preuve d’empathie et de compréhension les uns pour les autres. De cette manière, on diminue les risques de tensions entre les membres de l’équipe.

Tout bien considéré, un tribunal école détient des pours et des contres, mais les pour surpassent largement les contres. Un concours est une pratique, une pratique non pas uniquement  pour les étudiants qui ont l'intention de poursuivre une carrière au barreau, mais pour quiconque voulant développer ses compétences de plaidoyer et désirant accroître ses habiletés à argumenter dans un domaine juridique précis. Le tribunal-école est certes une charge de travail, mais c’est aussi un jeu où le but n’est pas de gagner mais de participer. 

Si vous êtes abeille, vous trouverez une ruche[10]

Un tribunal-école est une occasion de développer des liens avec les membres de son équipe. En effet, à force de travailler ensemble durant des heures et sur une période rapprochée, des liens d’amitiés et de confiance se développent et qui sont solidifier par l’échange, le dialogue. Il représente une expérience formidable et amusante où on apprend à découvrir d’autres pays[11].

Aussi, le tribunal-école permet de développer son réseau professionnel. On fait la connaissance d’avocats, de juges, juristes et autres professionnels du domaine juridique. À titre d’exemple, c’est par l’entremise du concours de plaidoirie Jessup qu’une étudiante à trouver son stage du barreau. Effectivement, bien que son équipe n’ait pas gagné le concours, un des avocats présent dans la salle l’a vu plaider, a aimé son style et lui a proposé un poste au sein d’un grand cabinet. D’autres témoignages sont à l’effet que des juges, ayant vu plaider les étudiants,  ont offert à ces derniers de leur rédiger des lettres de référence en cas de besoin. Bref, le tribunal-école peut être un lieu de recrutement pour les cabinets et les organismes juridiques. Cela peut également représenter un moyen de payer ses études. En effet, la participation à un concours de plaidoirie, en plus des avantages qu’elle apporte au niveau de la carrière, donne accès à des bourses importantes.

Dans l’ensemble, participer à un tribunal-école a ses bons et mauvais côtés. Néanmoins, les éléments qui peuvent paraître les plus stressants et insurmontables constituent des moyens mis à la disposition des étudiants pour se surpasser et être proche du perfectionnement. Le sondage ayant servi à la rédaction de cet article a été effectué auprès des d’anciens participants à un tribunal-école dans le domaine du droit international ainsi que d’entraineurs de plaidoirie. Par l’entremise de ce sondage, il est possible de constater que la participation à un tribunal-école n’est pas une expérience insurmontable. Au contraire, c’est un outil qui permet aux étudiants d’avoir une expérience concrète sur le travail de tout juriste, de mettre en pratique certaines notions apprises en classe. De surcroit, c’est une expérience formidable qui ouvre des portes à d’énormes avantages.


[1] Proverbe chinois

[2] Cette phrase revient dans presque tous les sondages qui ont été remplie par les étudiants passés en entrevue. Le sondage a été réalisé auprès d’étudiants ayant participé à des concours de plaidoirie au niveau du droit international.

[3] Cet élément a été ressorti du sondage.

[4] Anthony Daimsis

[5] Paolo Coelho dans l’Alchimiste

[6] Cette équipe de l’Université d’Ottawa, section common law, a gagné ce concours mondial de plaidoirie.

[7] Cet élément n’a été ressorti que par un seul participant au sondage.

[8] Propos tenu par les entraineurs

[9] D’après les étudiants, cela représente des qualités et caractéristiques indispensables à tout excellent entraineur.

[10] Proverbe Serbe

[11] Ceci est particulièrement vrai pour les concours de plaidoirie dans le domaine du droit international qui ont lieu à l’extérieur du Canada.